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1942 · Algiers
L'Étranger
Un homme qui refuse de faire semblant, et le soleil qui le perd.

Comment ce livre est né
Albert Camus avait vingt-six ans et pas un sou quand il a terminé L'Étranger. Il avait grandi pauvre à Alger, élevé par une mère qui faisait des ménages et parlait à peine, et par une grand-mère qui régnait sur la maison. La tuberculose avait déjà mis fin à ses espoirs de devenir enseignant et de jouer gardien de but. Il travaillait comme journaliste, écrivant sur la pauvreté et l'injustice dans l'Algérie coloniale, jusqu'à ce que son journal soit fermé et qu'il soit, dans les faits, poussé à quitter le pays.
Il a emporté le manuscrit en France. En mai 1940, dans une chambre d'hôtel parisienne, il a noté dans son carnet que le livre était terminé. Les troupes allemandes sont entrées dans la ville quelques semaines plus tard. Le roman est court, raconté à la première personne, d'un ton neutre, par Meursault, un employé de bureau français d'Algérie qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère et qui, plus tard, tue un homme sur une plage. Le tribunal qui le juge semble moins intéressé par le meurtre que par son incapacité à manifester un chagrin convenable. C'était là le véritable sujet de Camus : une société qui punit les gens de ne pas afficher les sentiments qu'elle attend d'eux.
Le faire publier a demandé des efforts. L'écrivain André Malraux a lu le manuscrit et a plaidé en sa faveur, et Gallimard l'a publié en juin 1942, alors que la France était sous occupation allemande. Les censeurs l'ont laissé passer, parce qu'ils n'y voyaient rien de politique. Le papier manquait, donc le premier tirage était réduit. Les lecteurs l'ont trouvé quand même. Jean-Paul Sartre, le philosophe, en a publié une longue analyse en 1943, qui a contribué à placer le livre au centre de la réflexion française sur l'absurde, cette idée que nous voulons donner un sens à un univers qui n'en offre aucun.
Camus a reçu le prix Nobel en 1957 et il est mort dans un accident de voiture en 1960, à quarante-six ans. Son roman, lui, a continué son chemin. Il est devenu l'un des livres les plus étudiés dans les écoles françaises et, en traduction, dans des écoles du monde entier. Sa première phrase est assez célèbre pour que les traducteurs se disputent encore à son sujet. En 2013, l'écrivain algérien Kamel Daoud lui a répondu avec Meursault, contre-enquête, qui donne un nom et une famille à l'homme arabe que Camus avait laissé sans nom. Soixante-dix ans plus tard, le livre suscitait encore des réponses.
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